En arrivant à Labastide-Rouairoux, sur la route départementale 612, une cheminée d’usine nous rappel une période d’histoire de la ville : celle du grand rêve industriel. Labastide-Rouairoux est au pied de la montagne noire, la vallée traversée par le Thoré et d’autres ruisseaux essentiels à la production textile. La vallée du Thoré développe un savoir-faire de tissage d’étoffe de laine cardé. Lors de cette résidence d’un mois, j’ai récupéré des fragments d’histoires, d’objets et d’histoire de lieu…  Traversée différents sites de la vallée du Thoré et de la ville, en évoquant l’effondrement d’un grand rêve industriel, dans cette exposition, se mélange les multiples strates d’histoires de ce territoire au travers l’histoire de l’industrie textile, avec des tirages réalisés en cyanotypes d’images issues d’archives et de prise de vue faites lors de la résidence, sur du tissu parfois tissé à Labastide ou la vallée.

Dès le 12ème siècle, dans la vallée du Thorée sont présent des tisserands, sous forme de filage et de tissage artisanal à domicile. Avant la révolution, il y a 400 ouvrier-es sur les métiers à tisser traditionnel. Puis au 19ème siècle l’industrie textile se développe de façon exponentielle. En 1820, est installé la première « mécanique à filature », à Labastide. En 1888, le chemin de fer arrive et la dernière vague de construction des ateliers avec. En 1944, il y a 3390 habitant-es, dont 2000 ouvriè-res dans les 21 usines de la ville. Les industriels transforment le maillage social avec des convictions paternalistes, où se construisent des cités ouvrières et de coopératives. Leur installation bouleverse le maillage sociale, modifiant l’emploi, et structurant le paysage du territoire pour la production de tissu. Il en reste les traces symbolique et matérielles cristallisant cette mémoire. Les archives du musée départementale du Textile sont une ressource et une sauvegarde de cette mémoire et de ce savoir-faire. C’est là que j’ai trouvé les images d’archives. Après-guerre le Tarn et l’Ariège sont en seconde place dans l’industrie du cardé française (filature et tissage d’habillement). Puis les usines du Tarn s’effondrent, elle se fait concurrencer par des nouveaux producteur-ices chinois-es. De plus les usines ne font pas face aux revendications syndicales, ne se sont pas renouvelée et ferment petit à petit. Aujourd’hui en 2023, c’est l’usine Sartiss qui ferme ses portes, et ne reste à Labastide que l’usine Hi-tech de fabrication de textile médical. La vallée se tourne alors vers un « tourisme vert » et Labastide n’a jamais été aussi verte, restructurant le paysage.

Les traces de cette époque qui a profondément changer l’histoire de Labastide est encore présent et le savoir-faire spécifique riche de ces ouvrier·es est encore là. Il fourmille dans la ville, comme les dernières machines de l’usine Sartiss que l’on entendait de la rue, il y a quelques mois, comme un bourdonnement. Ces mémoires plurielles, riches passionnantes construisent le territoire. Aujourd’hui après ces « rêves de grandeurs » des industrielles, que restent-il de cette histoire ? Comment la vallée du Thoré peut s’emparer de son passé, de cet effondrement – qui en dis beaucoup sur nos rapports au travail et à la production ? Comment transformer les ruines pour réinventés une ville, avec ces propres rêves et ses envies.