« L’obscurité – souvent – et – intrigante – la matière ; bruit blanc du grain et des poussières, bruissements de la trame et des réseaux surimprimés sur les sujets, accentuant le futur antérieur de leur devenir-image. (…) Cet ensemble est avant tout la cristallisation éphémère des processus mémoriels qui fondent le rapport au monde de son auteur, redoublés et enrichis par la perception du spectateur.(…)Des éléments éparpillés, dont l’existence procède d’un travail de retrait et d’ajout, provoqués ou subis mais toujours choisis ou assumés, selon un principe de sérendipité. Ainsi, l’utilisation de pellicules périmées, d’appareils abîmés, le jeu sur le temps de pose et le mouvement de la caméra comme sur la réfraction de la lumière par l’élément liquide, l’usage du recadrage et de la fragmentation, l’emploi de produits inadéquats au développement – dissolvant les couleurs et creusant les ombres –, l’accentuation des matières du support au scan puis à l’agrandissement et, enfin, la retouche, dépouillent le réel, le retranchent à lui-même comme à l’intellection du spectateur. Parallèlement, les marques de ces procédés de transformation, d’effacement et de résurgence, confèrent à cet ensemble non-daté une épaisseur temporelle qui l’imprègne d’un profond sentiment de nostalgie.
D’un certain côté, Restes déploie ainsi une esthétique de l’informe et de l’appauvrissement, de la réserve et de la perte. Néanmoins, celle-ci procède d’une sélection opérée dans l’imprévu ou le concerté. De ce fait, l’ensemble relève aussi d’une esthétique du dévoilement, exposant les vestiges réifiés d’instants passés.
Restes nous permet ainsi d’en comprendre la fonction, l’ensemble devenant la célébration de l’altération, du passage et de la modification, dont l’expérimentation ne nous laisse heureusement pas indemne. »
Passage (extraits), Laureline Meizel













