Exposition "EN MARGE"
Commissaire d’exposition : Karine Matthieu
Memento -Espace Départemental d'Art Contemporain
14, rue Edgard Quinet
Auch 32000

"Lilie Pinot et Pauline Zenk travaillent de manière indépendante avec des médiums propre à chacune, souvent étroitement liés dans l’esthétique, l’atmosphère où les même items sont abordées : la mémoire, l’oubli et la perte.
Alors que Lilie Pinot est une photographe plasticienne, travaillant dans le champs de l’image analogique expérimentale, Pauline Zenk est une artiste peintre, dont le travail se lie et résonne avec la photographie. Après leur rencontre à Toulouse en 2016, elles démarrent ensemble une expérience
de correspondances entre leurs médiums de prédilection. Il est vrai que la peinture et la photographie n’ont jamais été aussi proches aujourd’hui : la photographie se retrouve libérée devant l’image en mouvement, comme le fut la peinture à la création de la photographie. Elles puisent dans une sensibilité commune et une capacité dans la création à rappeler des souvenirs ou à arrêter d’oublier.
Pline l’ancien raconte l’histoire de Callirrhoé, la fille de Boutades, qui dessine le profil de son bien-aimé qui s’apprête à partir à la guerre, sur un mur en utilisant un morceau de charbon, avec l’ombre projeté de celui-ci par le soleil. Cette histoire est significative, puisqu’elle marque les origines non seulement du dessin, de la peinture (dessin de la ligne) et de la photographie (image formée
par l’ombre) mais aussi l’origine d’un besoin humain de lutter contre l’oubli, en créant un objet de souvenir. C’est dans cette quête onirique qu’œuvrent les deux artistes.
Pour la première fois, dans l’exposition EN MARGE, Lilie Pinot et Pauline Zenk exposent leurs créations communes mettant en éclairage des mémoires collectives de nos cultures populaires oubliées.
Par le biais d’un travail de collection et de conservation de matières photographiques, elles mènent une résistance face à l’oubli, telle une tentative d’inclusion et d’humanisation du matériel mis au rebut.
Les œuvres dialoguent littéralement avec la mémoire de Memento. En échos à l’ancien carmel, elles ravivent l’imagerie religieuse et rituelle. Des inversions plastiques s’opèrent pour désorienter les ordres établis et tendre vers de nouvelles marges. Les artistes renversent le champs des mythlogies et des croyances vers de nouvelles perceptions communautaires.
Ce soulèvement oublié se prolonge par des réminiscences de souvenirs collectifs d’été, de vacances et de loisirs en lien avec l’esprit des lieux. D’un point de vue singulier, les images représentent en chacunes d’elles-mêmes des fragments d’une vie, de la jeunesse et des souvenirs personnels. Car il s’agit bien de temps : les temps qui se sont écoulés, la jeunesse et l’été, de 1950 à 2010 où les choses restent toujours les mêmes: l’amour, l’amitié, la solitude, le nu, les fleurs dans le vase, l’arbre dans le vent. Mais il s’agit aussi de la lumière - celle qui tombe sur le sommeil, à travers les
Lichtung arbres dans la forêt, la lumière qui illumine un visage, la lumière, qui peut aussi
détruire la photographie, surexposer, changer ou enlever la réalité. Il s’agit de la lumière du flash, qui fixe un instant sur film chimique ou sur toile rugueuse. Le cliché, moment éphémère fixé - sur papier et toile- représente le baiser, l’apparition soudaine, le vent de l’arbre, l’étreinte, la levée - pour l’éternité. Un moment aléatoire est fixé et défie donc le temps. Les photos trouvées sont
retirées de leurs fonctions originales. Les portraits de famille et des amis, sont pour les artistes des documents d’époques, des fenêtres dans d’autres temps et d’autres réalités. Qu’est-ce qui est permis, que peuvent la photographie et la peinture ? Peuvent-elles garder le temps? Peuvent-elles capturer un moment éphémère pour l’éternité ? L’image dédiée à l’oubli est ressuscitée. Elles questionnent par leur atemporalité, la mortalité. Est-ce qu’elles peuvent encore déclencher des émotions chez le spectateur? Ce sont tous des souvenirs disparus. Ainsi les individus photographiés-trouvés qui étaient autrefois une tante, un cousin ou l’amie de la soeur se retrouvent submergés dans la mer de l’oubli. Ils forment ainsi des spectres anonymes. Mais capturés par les médiums de l’image peinte ou photographique, ils se retrouvent incorporés dans un canon de mémoires collectives. Dans ce dialogue, entre photographie, peinture et lieu, les artistes représentent un sentiment commun à tous liés dans les vestiges photographiques. La narration fragmentée des images, tentent de nous rapprocher de la compréhension de notre singularité – ou de notre éternité, au sein d’une partie de la collection des souvenirs des êtres humains."

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