Photographier l’exil n’est pas un acte anodin. Nous savons
combien il est impossible de garder le silence devant l’ampleur du phénomène migratoire vers l’Europe. Les images qui nous arrivent sont fortes, dures, nombreuses. Des corps qui se ressemblent.
Des corps morts. Une détresse et une misère aux portes de l’Europe – une détresse et une misère aux portes de nos maisons. Impossible de rester impassible et de se taire, mais comment faire quand
l’accumulation des images finit par dire trop ? Quand l’information, la dénonciation
se transforment en peur, saturation et écoeurement au point de faire détourner les regards pour enfin, ne plus voir l’insupportable ?
Partir à la rencontre des personnes exilées, à mi-chemin, avant et après la traversée de la Méditerranée, sur les routes des Balkans, à Paris ou à Calais
est indispensable. Rencontrer les personnes exilées pour mieux voir et comprendre est indispensable.
Montrer, raconter, s’interroger. Faire, rencontrer, être en mouvement, pour ne pas se laisser prendre par la morosité ambiante et l’inertie. Être en action et se battre contre la torpeur avec des images et des mots, des projets collectifs où différents points de vue se croisent et où le dialogue s’établit car nous sommes nombreux à vouloir raconter et dénoncer et en cela, c’est formidable.
Mais de vouloir trop dire, nous nous annulons. Peut-être même, nous participons à quelque jeu politique qui nous dépasse. C’est pourquoi, en parallèle de l’exposition, nous nous interrogeons sur ce qu’est l’acte de photographier l’exil – une actualité déjà très fortement médiatisée.
L’absence. Des abris vides de toute personne. Des couleurs sombres, des silhouettes en contre-jour, des lumières bleues – jaunes – qui questionnent le regard. Ou inversement, des femmes et des hommes présentés individuellement, le regard posé sur l’objectif de l’appareil photographique. Des présences fortes. Des témoignages. Des cartes comme l’empreinte de parcours singuliers sur les grandes routes de la migration. Nous nous approchons, nous écoutons, nous regardons. Nous cherchons la bonne distance pour photographier avec pudeur, pour essayer de transmettre nos ressentis et créer des rencontres, des interactions – et laisser place et parole aux femmes et aux hommes concernés. Parce que nous croyons en la force des images et des mots contre l’ignorance et
l’oubli. Nous croyons au pouvoir de l’expression, de la communication, de la rencontre et de l’échange
contre l’indifférence. Il est donc indispensable de partir, rencontrer, voir, photographier, écouter, interroger, raconter, montrer, échanger. Être en mouvement et dénoncer avec des mots, des images, des approches différentes et des questionnements. Et en cela, d’être collectif et de penser ensemble, de dire librement et de garder les yeux bien ouverts sur l’ensemble de notre monde, c’est fondamental.
Manifeste, VOST, 2018

Artistes :

Lucie Bacon
Olivier Sarrazin
Françoise Beauguion
Lucile Boiron
Marion Potoczny
William Gaye
Guillaume Moreau
Robin Jafflin
Oriane Bault
Fanny Dollberg
Gilles Ogier
Justine Roquellaure
Matthieu Rosier

Commissariat :
Matthieu Rosier
William Gaye

Coordination :
Claire Henry (VOST)
Avec le concours de
Claude Calame (EHESS, LDH)
et Philippe Vellozzo (EHESS)

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