Ne me fais pas croire que tout va bien, 2017

Ne me fais pas croire que tout va bien, donne à voir une impossibilité de dire l'altération des processus de mémorisation liée à des violences ordinaires lors d'une rupture amoureuse adolescente. La narration déstructurée par des mécanismes d'oubli, de trauma, de perte, offre une émotion poétique et dessine une auto-fiction habitée par la question de l'effacement.

« La mémoire traumatique, trouble de la mémoire implicite émotionnelle (…) se traduisant par des réminiscences intrusives qui envahissent totalement la conscience (…). Anhistorique, non intégrée, hypersensible, elle est déclenchée par des sensations, des affects, des situations qui rappellent, consciemment ou non, les violences ou des éléments de leur contexte, et ce jusqu'à des dizaines d'années après le traumatisme. La mémoire traumatique peut, particulièrement quand elle est parcellaire ou sensorielle, ne pas être identifiée ni reliée au traumatisme, ce qui la rend d'autant plus déstabilisante et déstructurante ».1

Les images, traces de cette expérience au monde, et les textes résonnent pour composer un parcours mental et visuel. Le récit faillible, fragmenté à la manière de multiples réminiscences offre différentes strates aux regardeurs qui permettent d'y projeter leurs propres expériences. « Les empêchements de la temporalité représentée »2 laissent place à une temporalité différente, celle de la trace.

1-Muriel Salmona, sept.2008.
2-L'esthétique de la Trace chez Samuel Beckett, Delphine Lemonnier-Texier

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